Pourquoi avoir choisi le théâtre pour une œuvre aussi complexe, qui n’est pas écrite pour la scène ?

Parce que tous les grands styles passent fort bien l’épreuve du gueuloir, et que Proust, en dépit de ses longues périodes, de sa phrase complexe, à rebondissements, loin de faire exception à la règle, la confirme pleinement : les surprises des changements de rythme, de couleur, de thématique, l’attachement de Proust aux différents parlers de ses personnages, les histoires, les retournements de situation, les identités multiples d’un même personnage, la richesse des images, sont propices à ce travail de découverte de l’œuvre par le biais de la voix d’un acteur.

Parce que, par le théâtre, l’émotion sous-jacente à chacun de ces textes, est rendue sensible...





Parce que, avançant dans la connaissance de Proust, on ne peut que constater que la joie est un des leitmotive de cet homme de douleur, dit Claude Mauriac, et le souvenir de la joie, qui est encore un peu d’elle-même, met dans son malheur, une sorte de bonheur. Ce mélange complexe de sentiments se prête à l’interprétation de l’acteur, aussi bien qu’un texte de théâtre classique.

Parce que l’universalité de l’œuvre, les portraits au vitriol qui ne sont pas sans rappeler Molière, la force de la plupart des dialogues, les idiotismes de chaque personnage, de la langue aristocratique de Norpois, à la langue confuse et emphatique du directeur du Grand Hôtel, en passant par la langue juteuse et colorée de Françoise, ou encore la langue snob d’une Mme Cottard, sont autant de matière théâtrale.

Parce que la cruauté de la peinture du monde par Proust rejoint celle des grands auteurs de théâtre.



Parce que, de la méditation sur la mort, aux questions métaphysiques, et à sa célébration de l’amour et de la joie d’être, sans oublier ce chemin initiatique de la création dont les étapes sont vécues avec autant d’intensité, Proust ne cesse d’explorer, dans un déploiement continu d’images-souvenirs naissant l’une de l’autre, les arcanes de notre inconscient aussi bien que ceux de la langue française dont il fait une véritable symphonie, bien propre à donner à entendre au théâtre.